Quand Martu peint, c'est comme une carte. Martu dessine des histoires sur le sol et sur la toile. Tous ces cercles et ces lignes représentent les zones de chasse, les différents cours d'eau et les sentiers où les gens marchaient autrefois, et certains sont infranchissables, comme des frontières. Aujourd'hui, on voit un tableau coloré et on se demande ce que c'est, mais c'est ainsi que Martu racontait autrefois. Ce n'est pas seulement une belle peinture, c'est une histoire, une chanson, une histoire, et tout ce qui va avec.
– Ngalangka Nola Taylor et Joshua Booth
Cette œuvre dépeint une région du pays qui peut être interprétée de multiples façons. Premièrement, l'image peut être lue comme une représentation aérienne d'un lieu particulier connu de l'artiste – une terre que lui ou sa famille a parcourue, depuis l'époque pujiman (habitat traditionnel du désert) jusqu'à nos jours. Durant cette période, les Martu parcouraient chaque année de très grandes distances en petits groupes familiaux, se déplaçant de source d'eau en source selon les saisons, chassant et cueillant des aliments de brousse au fil de leurs déplacements. À cette époque, la survie dépendait de la connaissance intime de l'emplacement des ressources ; ainsi, les éléments physiques du pays, tels que les sources de kapi (eau), les tali (sable), les différentes variétés de warta (arbres, végétation), les ngarrini (campements) et les jina (pistes) sont généralement représentés à l'aide d'un système de formes iconographiques universellement partagé dans le désert.
Une dimension supplémentaire de l'œuvre renvoie à des concepts plus intangibles ; les cycles de vie basés sur kalyu (pluie, eau) et waru (feu) sont également souvent mis en évidence. Pratique millénaire, le brûlage par le feu est encore utilisé aujourd'hui à la fois comme aide à la chasse et comme moyen de gestion du territoire. Lors de leurs déplacements et de leurs activités de chasse, les Martu brûlaient des étendues de terre, préservant ainsi la biodiversité végétale et animale et réduisant le risque de feux de brousse spontanés et incontrôlables. La nature fragmentaire de la repousse est évidente dans de nombreuses œuvres paysagères, chacune des cinq phases distinctes du brûlage par le feu étant décrite visuellement en fonction du cycle de brûlage et de repousse.
Enfin, des informations métaphysiques relatives à un lieu peuvent également être enregistrées ; les récits de Jukurrpa (rêves) relatent la création de repères physiques et peuvent être référencés par des représentations de sites cérémoniels, de chants et de marqueurs laissés sur le terrain. Cependant, très souvent, les informations relatives à Jukurrpa sont censurées par omission, ou recouvertes de motifs pointillés.