Des points sur un papier à en-tête
Les organisations nous contactent régulièrement au sujet de leur plan d'action pour la réconciliation, leur RAP. Ce qu'elles veulent habituellement, ce sont des œuvres d'art, un papier à en-tête stylisé, des images qu'elles peuvent utiliser, sous licence pour quelques centimes, afin de montrer qu'elles agissent. Nous ne les aidons pas, principalement parce que nous ne sommes pas d'accord avec cette idée vide de sens.
Et à quoi sert le papier à en-tête de toute façon ? Parce que l'entreprise qui a fait exploser un site sacré vieux de 47 000 ans détenait le plus haut rang de réconciliation du pays en le faisant.
Le 24 mai 2020, quelques jours avant le National Sorry Day et la Semaine nationale de la réconciliation, Rio Tinto a fait exploser les abris sous roche de Juukan Gorge dans la Pilbara. Ce n'était pas de l'ignorance. Le site avait été fouillé six ans plus tôt, et l'entreprise savait exactement ce qu'il contenait : des preuves de 47 000 ans d'occupation humaine continue, y compris une tresse de cheveux humains, dont l'ADN correspondait à celui des propriétaires traditionnels vivants, le peuple Puutu Kunti Kurrama et Pinikura, qui s'étaient battus pendant sept ans pour sauver le lieu et essayaient encore dans ses derniers jours.
La destruction était légale. C'était aussi un choix : le plan minier qui a détruit les grottes valait 135 millions de dollars supplémentaires pour une entreprise dont les revenus annuels s'élevaient à 43 milliards de dollars.
Au moment de l'explosion, Rio Tinto détenait un Elevate RAP, le niveau supérieur du système, réservé aux organisations qui font preuve de "leadership en matière de réconciliation". Reconciliation Australia l'a révoqué par la suite. Les grottes avaient déjà disparu.
Ce n'était pas un cas isolé. Telstra détenait également un Elevate RAP lorsque la Cour fédérale l'a condamnée à payer 50 millions de dollars pour conduite inacceptable, pour avoir vendu des contrats téléphoniques abusifs dans plus d'une centaine de communautés autochtones. Également révoqué après les faits.
Un RAP est un document volontaire, administré par Reconciliation Australia, une organisation à but non lucratif, dans lequel une organisation consigne ses intentions de réconciliation à travers quatre niveaux ascendants. Il en existe aujourd'hui plus de deux mille, couvrant plus d'un quart de la population en âge de travailler. Les ministères rédigent les leurs. Les entreprises en ont besoin, en pratique, pour remporter des appels d'offres gouvernementaux. Une industrie de conseil existe pour les produire. Ce qu'ils ont réellement accompli est difficile à trouver. Une analyse évaluée par des pairs de 2026 a révélé que les RAP d'entreprise privilégient la réputation à la réforme structurelle, avec des rapports organisés pour limiter la transparence et la responsabilité. Les critiques autochtones l'ont dit plus clairement pendant des années : une case à cocher, un outil pour que les organisations non autochtones se sentent bien dans leur peau.
De nombreuses personnes au sein de ces organisations sont sincères, et certains RAP accomplissent un travail réel. Mais un système dont la plus haute distinction pouvait être détenue par l'entreprise qui faisait exploser un site sacré ne mesure pas la réconciliation. Il mesure la paperasserie.
Donc, si vous faites des recherches sur votre propre RAP : qu'espérez-vous réellement accomplir ? Si la réponse honnête est de montrer que vous agissez, le papier à en-tête le fera, et rien d'autre. Si la réponse est la réconciliation, cela ne commence pas par un cahier des charges.
Pendant ce temps, dans le programme national, le décompte est facultatif. L'histoire australienne est obligatoire maintenant, mais les mots difficiles, invasion, massacre, les Guerres de la Frontière, se trouvent presque entièrement dans les élaborations que les enseignants sont libres de sauter. Le fait qu'un enfant les rencontre un jour, ou les Générations volées, dépend de l'enseignant qu'il a. Les enseignants eux-mêmes ont dit aux chercheurs qu'il serait facile de ne rien couvrir, et beaucoup le font, non par malveillance mais par peur de dire la mauvaise chose, parce que personne au-dessus d'eux ne dirigera.
Un côté de la réconciliation est financé, doté en personnel, classé et applaudi chaque année. L'autre côté, l'enseignement aux enfants des faits clairs de leur propre pays, est laissé au hasard.
Il semble irréel que le bon sens n'ait pas prévalu ici. Appelez ça noir et blanc, mais ne serait-il pas quelque chose d'introduire des faits concrets dans le système éducatif, un véritable programme, afin que cette génération et la prochaine puissent se réunir autour d'un passé partagé et connu ? Vous ne pouvez pas vous réconcilier avec une histoire qu'on ne vous a jamais racontée. Les délégués d'Uluru ont dit la même chose : l'histoire n'est pas comprise parce qu'elle n'est pas enseignée. L'éducation se cumule, génération après génération. C'est moins cher que l'industrie du RAP, plus difficile à falsifier, et impossible à révoquer une fois le mal fait.
Chaque enfant mérite les faits. Juste les faits, pour qu'il puisse se forger sa propre opinion. C'est ça la réconciliation.
Pas des points sur un papier à en-tête.