Le peintre Arrernte de l'Ouest originaire de Ntaria, dont les aquarelles se sont vendues en quelques jours, a changé la perception de l'art aborigène en Australie.
En 1934, un jeune homme Arrernte de l'Ouest, membre de la mission luthérienne d'Hermannsburg, assista à une exposition d'aquarelles des artistes melbourniens Rex Battarbee et John Gardner, venus spécialement pour l'occasion. Il avait travaillé dans des élevages de bétail, fabriqué des plaques de bois de mulga décorées et appris les récits sacrés et l'histoire du territoire de ses ancêtres Arrernte. L'exposition le bouleversa. Il décrivit plus tard ce moment comme celui où il perçut pour la première fois son propre pays dans toute sa beauté visuelle, ses couleurs, sa lumière et son atmosphère. Jusque-là, il ne le connaissait qu'à travers le prisme de la mythologie et de la survie. Il s'appelait Albert Namatjira, né Elea à Ntaria (Hermannsburg) le 28 juillet 1902. Il avait 32 ans. Il allait devenir l'artiste aborigène le plus célèbre du XXe siècle.
L Albert Namatjira, Mission d'Hermannsburg, v. 1940 Bâtiments de la mission R Hermannsburg, Ntaria, NT
Namatjira demanda du matériel au responsable de la mission, qui contacta Battarbee en son nom. Battarbee envoya de la peinture et du papier et, à son retour dans la région en 1936, proposa à Namatjira des cours de peinture en échange de ses compétences de chamelier et de guide dans les monts MacDonnell. La formation dura huit semaines. Ce fut le seul enseignement formel que Namatjira reçut jamais. Sa première exposition personnelle eut lieu à la galerie de la Fine Art Society de Melbourne le 5 décembre 1938. Les 41 œuvres furent vendues en quelques jours.
Ce qui suivit fut extraordinaire. Les expositions à Adélaïde et à Sydney affichèrent complet. La galerie d'art d'Adélaïde fit l'acquisition d'une de ses œuvres, devenant ainsi la première galerie d'État à se procurer une aquarelle d'un artiste aborigène. En 1944, Namatjira figurait dans le Who's Who in Australia, une première pour un Aborigène. L'ouvrage « The Art of Albert Namatjira », publié la même année, se vendit à vingt mille exemplaires au cours des quinze années suivantes. En 1953, il reçut la médaille du couronnement de la Reine. En 1954, il fut invité à Canberra pour rencontrer la reine Élisabeth II. En 1955, il fut élu membre honoraire de la Royal Art Society de Nouvelle-Galles du Sud. En 1956, son portrait par William Dargie remporta le prix Archibald.

TL Albert Namatjira, Paysage d'Australie centrale, vers 1953 BL Albert Namatjira et Rex Battarbee devant Tmara Mara, vers les années 1950 R Paysage classique d'Australie centrale
Ses peintures représentaient les monts MacDonnell occidentaux avec une attention à la lumière et aux détails géologiques qu'aucun peintre européen n'avait apportée à l'Australie centrale. Les chaînes de montagnes lointaines, les sables pâles des rivières, les eucalyptus fantômes à tronc blanc et les parois rocheuses orangées y apparaissent sans cesse, rendus avec une précision picturale à la fois occidentale dans sa technique et aborigène dans sa connaissance profonde des lieux. Il ne s'agissait pas de paysages génériques de l'arrière-pays. C'était le pays Arrernte, des sites du Temps du Rêve et des lieux ancestraux qu'il connaissait en tant que gardien, et non simplement en tant que peintre. Les critiques qui ont qualifié son œuvre d'imitation sont passés complètement à côté de cette réalité.
Aucun de ces honneurs ne lui conféra l'égalité devant la loi. En vertu de l'ordonnance relative aux Aborigènes, Namatjira ne pouvait posséder de terres à Alice Springs, où il tenta de construire une maison pour sa famille. En 1957, lors de l'entrée en vigueur de l'ordonnance sur la protection sociale du Territoire du Nord, son nom ne figurait pas parmi les personnes placées sous la tutelle de l'État, ce qui lui octroyait de facto la citoyenneté australienne. Il avait alors le droit de voter, de vivre où bon lui semblait et d'acheter de l'alcool. L'année suivante, en 1958, il fut accusé d'avoir fourni de l'alcool à Henoch Raberaba, un autre artiste Arrernte. Il nia les faits et fit appel, sans succès, devant la Cour suprême et la Haute Cour. Il purgea deux mois de prison.

Timbre à l'effigie d' Albert Namatjira, 1968 ; portrait d'Albert Namatjira par William Dargie, 1956, lauréat du prix Archibald.
Désespéré après son emprisonnement, Namatjira fut victime d'une crise cardiaque et transféré à l'hôpital d'Alice Springs. Depuis son lit d'hôpital, il offrit à son mentor, Battarbee, trois derniers paysages, promettant d'en réaliser d'autres. Il mourut le 8 août 1959 d'une maladie cardiaque compliquée par une pneumonie, à l'âge de 57 ans. Il avait réalisé environ 2 000 tableaux. Son traitement et sa mort suscitèrent une vive émotion dans l'opinion publique.
Son héritage perdure à travers ses descendants, qui continuent de peindre dans la lignée de son œuvre et l'ont enrichie. Son arrière-petit-fils, Vincent Namatjira, a remporté le prix Ramsay et le prix Archibald. Vous pouvez acquérir des aquarelles de paysages réalisées par les descendants d'Albert Namatjira ici : aquarelles des descendants d'Albert Namatjira.

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Références et lectures complémentaires
- Albert Namatjira, Archives nationales d'Australie
- Biographie d'Albert Namatjira, Galerie nationale du portrait
- Albert Namatjira, quartier historique d'Hermannsburg
- Albert Namatjira, Britannica
- Amadio, Nadine. Albert Namatjira : La vie et l'œuvre d'un peintre australien. Macmillan, 1986.
